Quoi ? Peut-on rendre les pneus de voiture plus verts avec de la graisse de friture ?
De la frite au pneu de voiture
L’industrie du pneumatique est l’un des plus gros consommateurs de produits pétroliers au monde. Un pneu de voiture moyen est composé de 25 à 30 % de matériaux directement dérivés du pétrole. Continental vise à réduire ce pourcentage de manière significative en remplaçant le pétrole fossile par des matières premières renouvelables, y compris les graisses de friture usagées.
L’idée est plus simple que vous ne le pensez. L’huile de cuisson usagée, qui serait autrement traitée comme un déchet ou réutilisée de manière moins utile, est raffinée en huiles dites biosourcées. Ces huiles servent ensuite à remplacer les plastifiants et les charges à base de pétrole dans le mélange de caoutchouc du pneu.
Comment cela fonctionne-t-il exactement ?
Continental applique le principe de l’équilibre de masse. Cela signifie que l’huile de cuisson recyclée est introduite dans le processus de production avec d’autres matières premières. Un système de certification permet de savoir quel pourcentage du pneu final est constitué de ressources renouvelables.
Ce qui est formidable, c’est que les performances du pneu n’en souffrent pas. Continental affirme que les pneus contenant des huiles biosourcées offrent la même adhérence, la même résistance à l’usure et la même résistance au roulement que leurs homologues entièrement fossiles. En tant que conducteur, vous ne remarquerez donc littéralement rien de ce changement, si ce n’est que vous conduirez avec une conscience un peu plus détendue.
Une partie d’un plan plus large
L’utilisation de la graisse de friture n’est pas une astuce isolée. Continental s’est fixé pour objectif d’incorporer des matériaux entièrement durables dans tous ses pneus d’ici 2050 au plus tard. À l’heure actuelle, l’entreprise dispose d’environ 15 à 20 % de matériaux durables par pneu, selon le modèle. Outre l’huile de cuisson recyclée, Continental expérimente également le caoutchouc de pissenlit (provenant de pissenlits russes, sans blague), le PET recyclé provenant de bouteilles en plastique et les kafas de riz comme alternative à la silice. Toutes ces innovations devraient permettre d’augmenter progressivement la part des matériaux renouvelables et recyclés.
L’industrie du pneumatique sous pression
D’ailleurs, Continental n’est pas le seul à travailler sur ce sujet. Des concurrents tels que Michelin, Goodyear et Bridgestone travaillent sur des initiatives similaires. Michelin vise même à utiliser 100 % de matériaux durables d’ici 2050, tout comme Continental. L’industrie du pneumatique dans son ensemble est soumise à une pression croissante de la part de l’UE pour réduire son empreinte carbone. La Commission européenne travaille à l’élaboration d’une réglementation plus stricte concernant la circularité des pneus, notamment en ce qui concerne l’utilisation de matériaux recyclés et renouvelables. Cette législation pourrait entrer en vigueur dès 2028 environ et modifiera considérablement les règles du jeu.
